vous parle.

Atelier — Roger Macchi devant une toile en cours.
« La Tunisie est ma méditerranée. »
Né à Sfax en Tunisie. Confluent de civilisations, riche d’art et de création, ce pays cumule les trésors culturels. Les communautés et les religions ont toujours su vivre en bonne intelligence et la gentillesse des Tunisiens est légendaire.
J’ai passé toute ma jeunesse dans ce pays béni des dieux. Son souvenir, toute ma vie, a influencé ma pensée, mon écriture et ma peinture. Mon parcours a un tracé inégal entre Occident et Orient, entre lyrisme et cartésianisme, sans jamais pouvoir choisir entre deux mondes — donc en restant toujours extérieur à chacun.
L’évolution s’est faite par des allers et retours entre divers courants, mais toujours avec la passion du geste et la respiration d’un homme hors du temps.


« Je vais dans un tableau, comme l’on va vers une terre promise. »
Démarche
Ma théorie est simple : l’art est dans le regard du spectateur. Il convient de regarder et de se laisser porter par ses sentiments qui, eux, diront très vite si l’on aime ou pas. Et alors, tout sera dit.
La technique ne concerne que le peintre, de même que les motivations. Je cherche à suggérer un équilibre entre la matière et l’espace. Ou encore, entre la forme et la couleur.
La toile est blanche. Parfois face à elle je n’ose faire le premier pas, j’hésite et j’abandonne. D’autres fois j’ose, et s’il y a une réponse, les choses s’enchaînent et j’arrive à quelque chose qui peut ressembler à une peinture. Je vais dans un tableau, comme l’on va vers une terre promise, sans être sûr de ce que l’on va y trouver.

L’atelier — toiles, pinceaux, couteaux, lumière du Nord.
Équilibre
La tache de couleur n’est pas un élément stable ; c’est l’environnement qui lui donne une certaine stabilité. Le danger, comme souvent, c’est le geste gratuit qui très vite devient échec. Il faut savoir s’arrêter à temps — le piège est dans le geste de trop.
Le travail est lent ou rapide suivant l’inspiration, qui est un phénomène furtif et mystérieux. La volonté de faire est toujours aidée par une sorte de hasard, car je pense qu’il y a une part de hasard en toute chose.
Je peins comme je sens, et j’essaie chaque fois d’ajouter quelque chose en enlevant ce qui m’encombre. L’essentiel est que cela tienne debout.
Je travaille fréquemment au couteau parce que j’aime l’épaisseur de la matière. Parfois, je mélange pinceau et couteau en essayant de nuancer et de faire vivre les couleurs comme une quiétude de l’âme. Je passe indifféremment la frontière entre abstraction et figuration ; c’est inconscient, comme sous l’effet d’une demande intérieure.
« Chaque coup de couteau est une brèche vers la lumière. »
Révélation
C’est avoir le regard qui traverse le miroir pour chercher ce qu’il y a derrière, et que l’on ne trouve pas toujours — car souvent les choses se font sans le vouloir, sans comprendre, sans bien réaliser ce que l’on fait.
Parfois j’ai l’impression, lorsque le travail est facile et qu’il s’accompagne de satisfaction, que ce tableau, je l’ai rêvé ou déjà vu quelque part — une sorte de cryptomnésie formidable, un puzzle subconscient qui s’ordonne sans effort.
La création n’est pas quelque chose de conscient ; elle nous arrive par hasard. Il est vain de chercher désespérément l’inspiration. Toutefois, il faut être prêt si par chance elle arrive.
